Ensuite il s’écarte et parlemente avec l’officier:

—Non, je ne veux pas de bandeau!

—A votre aise!

Jacob Grotthauser marche seul jusqu’au mur où il va recevoir la mort. Personne ne le conduit, seul Thor est à son côté. Mais il sait qu’il flotte invisible autour de l’ami d’enfance.

Le condamné se redresse devant le peloton. Il semble à Tornten que lui-même ait passé son bras autour de la taille de Grotthauser. Les larmes sont à ses yeux, des sanglots le secouent, mais aucun des hommes qui sont en face, alignés, ne voit ses pleurs.

—Jacob, je suis près de toi, dit-il de tout son cœur.

Mais celui qui va mourir ne l’entend pas.

Les soldats manœuvrent leurs armes qui vibrent en un cliquetis sec; les bouches sombres des canons ouvrent, en face du condamné, leurs trous noirs. Thor les voit comme lui; un silence inhumain règne alentour:

—Feu!

Dans la détonation des fusils, dans l’éclair qui lance la mort, Thor de Tornten hurle de douleur, comme une bête blessée.