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Thor est seul auprès du mort. Un silence profond pèse sur lui. Les hommes ont quitté le lieu du supplice.
La dépouille de Jacob Grotthauser gît le long du mur, à l’endroit même où le condamné s’est affaissé. Tornten croit avoir été, lui aussi, atteint par les coups de feu.
Une atroce sensation de brûlure lui a traversé le crâne, comme si une balle l’y avait frappé. Il lui semble, maintenant, qu’un feu d’enfer flambe dans sa tête et sa douleur croît, d’instant en instant, jusqu’à devenir d’une violence inouïe. Il pense être accroupi devant le corps de son ami, mais encore une fois il sent qu’il flotte autour de lui.
Il le voit de la sorte, allongé dans l’immobilité d’une dernière convulsion, comme grandi par la mort. Les trous béants des blessures lui apparaissent comme des bestioles hideuses, sanglantes, au visage, à la poitrine, au ventre. La bouche est restée entr’ouverte et, dans la fente des lèvres barbues, brille l’émail des dents. Au bout des bras, qu’a déjà envahis la rigidité de la mort, les poings se sont crispés et Thor croit lire une malédiction dans les yeux ouverts, inhumains et troubles de son ami mort.
Il se penche et l’embrasse au front. Mais, horreur! à ce contact, il lui semble que la tête a remué. Il recule et regarde les traits du cadavre qui, subitement ont repris l’animation de la vie.
Ne se trompe-t-il pas?
Les yeux du mort ont maintenant retrouvé leur ancienne expression. Jacob Grotthauser lui rit, de son sourire cordial et familier, il parle même:
—Es-tu venu, ami, me rappeler ma promesse?
—Quelle promesse?