—Et cette jeune fille qui a soigné Tornten et qui ne l’a pas quitté? questionna encore Heinz de Walding.
—Ah! en cela, j’envie le mort, s’écria Arno de la Rieth, dont la nature était romanesque, car cette jeune personne l’a bien aimé.
—Vous êtes dans le vrai, je crois, appuya Kammitz songeur. Je vous dirai, sous le sceau du secret, messieurs, que, lorsque je suis entré avant-hier dans la chambre mortuaire, j’ai vu cette jeune fille agenouillée au pied du lit et donner au défunt un long baiser d’amour.
—Oui, l’amour passe les bornes de la vie, affirma de la Rieth, mais le cas est d’autant plus curieux que la jeune Anglaise n’avait vu Tornten qu’une fois avant son accident. Ce dût être le coup de foudre.
—Cela arrive, déclara mélancoliquement Paul de Walding, dont les passions ont presque toujours été malheureuses.
On garda le silence autour de la table, tandis que le vin circulait.
La voix de Sellenkamp se fit entendre de nouveau:
—Est-il vrai que le kaiser reste en Hollande?
—Qui peut savoir ce qu’en ont décidé les sages de l’Entente?
—Les sages, railla Kammitz, se seraient mis d’accord pour laisser tomber le procès du kaiser; mais les cerveaux creux, qui veulent goûter, jusqu’à la lie, l’ivresse du triomphe, ne désarment pas.