Toman rentrait à ce moment. Tout de suite, suivant les instructions de son maître, il avait trouvé un chauffeur qui consentait à mener Thor à Schwanbach.
II
En quittant le téléphone, le baron de Rittersdorf faillit renverser un garçon qui, un plat au bout du poing, sortait des cuisines. Mais, en dépit de son exubérance joyeuse, l’officier eut assez de présence d’esprit pour esquiver le choc, et l’incident se borna à un peu de sauce répandue.
L’officier se hâta de rentrer dans le cabinet particulier, où, devant les camarades assemblés, Sellenkamp se livrait précisément à l’incontrôlable fantaisie de ses histoires de guerre.
Celle du moment relatait le cas extraordinaire d’un torpilleur qu’il avait coulé corps et biens après avoir réussi à l’approcher sous les apparences d’une baleine. La pompe à feu du bord et un camouflage habile avaient servi au succès de l’entreprise.
La plupart des assistants entendaient au moins pour la dixième fois le récit de cette aventure. Ils souriaient et haussaient légèrement les épaules; mais comme le plus jeune des Walding se permettait de tousser et hasardait une timide objection en demandant ce qu’il était advenu, pendant la manœuvre, de la superstructure du navire, le narrateur l’arrêtait d’un regard dédaigneux et d’un bref:
C’est à ce moment que Rittersdorf annonça, dans l’atmosphère embuée d’un épais nuage de fumée bleuâtre:
—Messieurs, notre cercle va s’augmenter d’un ami!
Tous les regards s’étaient tournés vers lui; même Arno de la Rieth, qui rêvait, suivant sa coutume, les yeux plongés dans son verre, avait levé la tête.