La voix de Thor vibrait dans le silence impressionnant de ses camarades. Ceux-ci l’écoutaient, d’abord déconcertés et surpris, puis émus de confusion et de colère.
Le premier, Rittersdorf jeta dans le conflit des paroles véhémentes, puis des objections vinrent de toutes parts. Mais l’orateur ne se laissa pas déconcerter, ne s’écarta pas d’une ligne de la conviction qui venait de naître en lui et termina finalement son discours en s’écriant:
—J’aime le kaiser plus que ne le fait aucun de vous, car il n’est pas pour moi le dieu inaccessible et radieux qu’il vous paraît être, mais bien un homme comme les autres. Et c’est parce que je l’aime que je ne m’aveugle pas sur ses faiblesses. Elles l’entraînent comme quiconque ici-bas.
«Mais le fait de n’être pas différent des autres, c’est précisément son excuse... son excuse et la faute qui retombe lourdement sur ceux qui furent ses conseillers.
«Nous-mêmes, ses satellites, ne comptons-nous pas aussi parmi les plus responsables? Ne nous sommes-nous pas séparés de cette foule qu’avec notre aide quelques centaines de potentats ont pu asservir et commander? N’avons-nous pas été les instruments bénévoles et dociles d’une puissance qui tirait du droit divin sa seule raison d’être?
—Insensé! s’écria Rittersdorf. Est-ce ainsi que parle un officier de la vieille marine allemande?
—Ecoutez, Tornten, tout ce que vous dites me passe, fit de la Rieth, sur un mode plus doux, suivant sa manière. Et je ne puis comprendre que ce soit vous qui le disiez.
—Voyons, Tornten! jaillit-il du coin où Sellenkamp gisait, consterné.
—Le premier des capitaines marins de l’armée rouge! glissa Heinz de Walding à mi-voix dans l’oreille de son frère.
Et l’aspirant, qui semblait étrangler d’un flot de paroles contenues tant il était cramoisi, approuva énergiquement de la tête.