Une tiédeur vient du dehors, mais sur l’esprit du jeune officier de marine pèse toujours l’accablante ardeur des heures qu’il vient de vivre.

Sous ses yeux, les couleurs s’estompent, se fondent en un gris monotone que troue, par endroits, l’éclat de signaux lumineux.

Dans son esprit, il fait clair, comme au matin limpide d’un beau jour de printemps.

Depuis qu’il a franchi la frontière hollandaise, il se répète les dernières paroles du kaiser déchu, au moment des adieux:

—Et, Tornten, saluez pour moi la Patrie!

Il comprend, maintenant, l’aspiration passionnée que révèle ce cri, il conçoit le frémissement qui a fait trembler cette voix d’empereur jadis si ferme, si sûre d’elle.

Le lieutenant de vaisseau soupire; ses pensées prennent un tour plus profond. Par bonheur, depuis des heures, il est seul dans son coupé et personne n’est venu troubler sa méditation.

Le souvenir d’Amerongen lui fait sentir plus pénibles les tristesses de l’exil.

Après tout, il a femme et enfant et son cœur d’Allemand bat d’un ardent désir de revoir le pays.

Mais voici que le rapide entre en gare de Hanovre. C’en est fini de la rêverie solitaire.