Anton Kunst mit quelque hésitation à poser sa main dans celle que lui tendait le lieutenant de vaisseau. Il s’inclina très bas, puis se tint debout, la respiration oppressée, devant Thor qui l’examinait en souriant.
—Eh bien, qu’avez-vous sur le cœur, Anton? s’informa-t-il gaiement. Auriez-vous besoin de quelque chose?
—Pour moi, rien, monsieur le commandant. Je n’ai qu’à retourner tout bonnement à la maison. Aussi bien ma vieille mère est-elle furieuse de me voir rester depuis des années au service de monsieur le capitaine au lieu de rentrer chez nous cultiver nos champs; puis, elle pense à me marier.
—Etes-vous resté auprès de M. d’Unstett pendant toute la guerre?
—Oui, monsieur le commandant. Le capitaine, depuis sa blessure reçue près d’Arras, où je fus également légèrement atteint à ses côtés, est demeuré, à Berlin, attaché au ministère de la guerre. Je lui suis resté fidèle... mais fidèle dans le sens absolu du mot.
L’homme s’excitait, son attitude et ses dernières paroles dégageaient quelque chose comme une menace. Qui donc visait-elle?
—Mais qu’avez-vous? demanda Tornten en secouant la tête. Vous tremblez de tous vos membres! Seriez-vous malade?
—Il se peut que je sois malade, monsieur le commandant. A vrai dire, je ne suis pas bien d’aplomb.
—Et c’est en cet état que vous venez me trouver!...
—Oui, commandant. J’ai... j’ai à vous faire une importante communication.