Et ses yeux flambaient d’une haine farouche.

—Oui, ce matin, il m’a traité de voleur et menacé de la police, moi qui l’ai sauvé devant Arras... Et pourtant, je n’avais, pour le porter, que mon bras gauche, le droit ayant été troué par un éclat d’obus.

«Il m’a appelé voleur, il a voulu me livrer à la justice, moi qui l’ai soigné, qui suis resté fidèlement auprès de lui alors que tous les autres s’en allaient chez eux sans plus se soucier de leurs chefs! Et pourquoi? Parce qu’il lui a manqué deux ou trois bouteilles de vin et une boîte de cigares. Devant Dieu, mon commandant, ce n’est pas moi qui les ai pris, mais bien le remplaçant que le capitaine avait engagé pendant ma permission.»

Thor se mordait les lèvres. Est-ce que Kunst allait le prendre pour confident de cette éternelle histoire des domestiques renvoyés? Il avait de l’audace de lui faire perdre son temps à de semblables sornettes! Et puis, pourquoi l’avait-il choisi pour venir se plaindre de son capitaine?

Sous le coup d’œil d’impatiente interrogation du lieutenant de vaisseau, l’embarras du domestique sembla croître; il tournait sa casquette entre les doigts en regardant par terre.

—Oui... Et alors?... fit Thor.

—Alors, j’ai été révolté... Agir ainsi envers un ancien ami!...

—Un ancien ami?

Thor de Tornten recula d’un pas et toisa le rouquin. Ou bien le drôle se payait d’impudence... ou bien... Il sentit soudain s’accélérer les battements de son cœur; un soupçon naissant le poignait.

—Commandant, s’écria enfin Anton Kunst en faisant appel à toute sa résolution, venez avec moi et souffletez le lâche!