—Quel lâche?
—Mon capitaine.
—Vous êtes fou! Et pourquoi?
—Parce que votre femme est chez lui! grinça l’ordonnance.
Un silence angoissant suivit ces paroles, puis un hurlement de fureur sortit des lèvres de Thor qui saisit son interlocuteur à la gorge et le secoua rudement. L’homme étouffait sous la pression vigoureuse qui se resserrait à chaque effort qu’il tentait pour se dégager.
—Drôle! râla l’officier. Tu mens!... Ma femme? chez lui!... chez lui!...
Sa voix s’étranglait dans sa gorge. Hors de lui, il fixait d’un regard de meurtre le visage boursouflé de Kunst qui se violaçait sous l’effroyable étreinte.
—Laissez-moi!... Vous m’étranglez!... put enfin haleter l’ordonnance. Devant Dieu, je ne mens pas; c’est aussi vrai qu’une chose qu’on a vue de ses yeux... qu’on a vue très souvent même!
Thor le lâcha. La respiration oppressée, l’officier trébucha et dut s’appuyer à une table pour ne pas tomber. Et, devant lui, l’accusateur échevelé, défait, s’ébrouait comme un chien battu qui lisse son poil. Il y avait du chien aussi dans le regard que l’homme jeta sur le colosse à la poigne duquel il venait d’échapper.
—Vous serrez comme si vous vouliez me refroidir, geignit Kunst. Mais cela ne change rien à la chose. Je vous ai dit la vérité et rien ne peut l’empêcher d’être la vérité.