—Dites à ces messieurs que je les prie de m’excuser, ordonna-t-il. Quelqu’un de malade chez moi; il faut que j’y coure toute affaire cessante.

Cette dernière formalité accomplie, il soupira profondément, puis se mit en devoir de rejoindre Kunst qui, déjà, parlementait avec un chauffeur.

—Tout est convenu; je viens de lui donner l’adresse, cria l’ordonnance comme Thor s’approchait du véhicule.

L’officier prit place dans la voiture, invita d’un signe Kunst à s’asseoir en face de lui et se laissa tomber, épuisé par les événements de ces dernières minutes, sur les coussins de la voiture qui, à toute vitesse, parcourait les rues de Berlin, pour conduire ses deux voyageurs au delà de la barrière, à Dahlem.

Pendant ce trajet, des sentiments divers s’agitaient en Tornten. Une rage farouche le fouaillait, tandis que le tenaillait l’angoisse d’avoir vécu jusque-là dans l’ignorance et la confiance.

En son cœur se déchaînait cet instinct de la race qui fait des rivaux parmi les hommes et les dresse l’un contre l’autre, pour le combat, comme il oppose le cerf au cerf, dans la montagne ou, dans les steppes de l’Argentine, le buffle au buffle.

Envahi, dominé par ce sentiment primitif, Thor de Tornten devait rester sourd à la voix de la raison.

Il avait beau ne plus éprouver d’amour pour la femme qui le trompait, un sentiment l’affolait, celui de la honte qui le diminuait à ses propres yeux comme à ceux d’autrui. Lui, le mâle orgueilleux, que convoitaient toutes les femmes qui l’approchaient, il n’avait pas su s’attacher la sienne et succombait, victime de sa faiblesse, comme le premier coquebin.

Le désarroi de sa passion l’emplissait encore de fureur quand, soudain, la voiture stoppa à l’angle d’une de ces rues qui, dans l’élégant faubourg bordent des jardins bien soignés.

Les deux hommes descendirent.