Thor s’approcha du chauffeur qui annonça le prix de la course. Le lieutenant de vaisseau ne le comprit même pas; il tendit, sans savoir ce qu’il faisait, un billet de banque et, sans attendre que l’homme lui rendît sa monnaie, il s’éloigna à la suite de Kunst qui, déjà, enfilait l’avenue.
L’ordonnance avait tout prévu et fait arrêter la voiture à quelque cent mètres de la maison du capitaine.
—C’est là, chuchota-t-il à l’oreille de Tornten, là où les fenêtres du premier sont éclairées.
Thor tressaillit et chercha instinctivement une arme dans sa poche vide. Il avait laissé son revolver dans le vêtement de voyage quitté tout à l’heure. Ses poings lui restaient, lui suffiraient.
Kunst ouvrit un portillon grillagé et fit entrer son compagnon dans le jardin de la villa. Ils furent aussitôt devant la porte de la maison que le rouquin ouvrit encore et que Tornten franchit devant lui.
Tous deux se trouvèrent alors dans un vestibule obscur, mais ni l’un ni l’autre ne pensa à donner de la lumière. Kunst saisit l’officier par la main et, suivi de lui, grimpa l’escalier dans le noir. C’était plus long, mais plus prudent, afin que la surprise fût complète.
Soudain, Thor de Tornten se trouva seul dans l’obscurité. Il entendit une porte s’ouvrir, puis quelqu’un le poussa en avant et il faillit trébucher.
—Et maintenant, pas de bruit, souffla l’ordonnance, sans quoi nous risquons de les trouver sur leurs gardes. Ils ont dû sortir, à ce que m’avait dit le capitaine et viennent seulement de rentrer, sans doute.
Une nouvelle porte tourna silencieusement sur ses gonds. Maintenant, les deux hommes glissaient sur d’épais tapis. Kunst tourna un commutateur et Thor, d’abord aveuglé par la soudaine clarté, se vit dans un salon élégamment meublé. Il ne le connaissait pas et ses souvenirs ne lui rappelaient pas un intérieur aussi confortable chez le lieutenant d’Unstett.
—Je ne vais pas plus loin, signifia Kunst. A côté, vous trouverez une salle à manger, puis la chambre de M. le capitaine...