La main du malade repose dans celle du visiteur et Grotthauser, se tournant vers la fenêtre, près de laquelle se tient une forme mince et radieuse, s’écrie:

—Il s’éveille, miss Bolton!

La jeune fille s’élance, examine les traits du blessé et confirme gaiement:

—Oui, il revient à lui; quel bonheur pour nous tous.

Thor la presserait volontiers sur son cœur pour cette parole de compassion. Il l’enveloppe de regards tendres et se sent envahir de reconnaissance pour celle qui le soigne. Maintenant, elle pose sa blanche main sur le front tout enveloppé de linges et il éprouve, à travers les bandages, la douceur de ce contact qui répand en lui une chaleur bienfaisante et réconfortante, comme d’un bain.

—Nous reconnaissez-vous, interroge-t-elle de sa voix harmonieuse.

—Oh! il y a longtemps que je vous ai vue et sentie auprès de moi, répond-il avec effort; j’ai souvent voulu vous appeler, hélas! mes lèvres s’y refusaient. Mais, aujourd’hui, cela va mieux; je sens que le plus dur est passé.

—Sûrement! c’est aussi l’avis du docteur, affirme Grotthauser. La blessure de ta tête est en voie de cicatrisation et la lourde commotion qui t’a secoué s’atténue.

Tornten ferme les paupières et semble, pendant quelque temps, retomber dans une nouvelle léthargie. Mais, en réalité, il essaie de reconstituer les événements qui l’ont jeté sur ce lit de douleur. Il parcourt ses souvenirs, sans pouvoir dépasser le moment où, soulevant Fritz d’Unstett, il l’a poussé sur la rampe du balcon, se préparant à le précipiter dans le vide... Au delà, plus rien, comme si les faits qui suivirent eussent été rayés de sa vie.

Alors, il rouvre les yeux en scrutant les deux visages qui s’inclinent sur sa couche, il essaie d’y lire ce qu’ils savent de sa honte. Hélas! ses soupçons se confirment: Carry Bolton, gracieuse comme le soir qu’il la vit pour la première fois, rougit et Jacob Grotthauser détourne la tête pour éviter l’interrogation humiliée que pose le regard de son ami.