—Le plus grand nombre frémit de fureur; mais il y a des misérables pour se réjouir.
—C’est toi qui parles ainsi, toi, un socialiste!
—Je ne parle pas du kaiser, mais de l’Allemand Guillaume de Hohenzollern, qu’on a jugé, et dans la personne duquel nos ennemis ont condamné tout notre peuple aux yeux de l’univers sans que le pays ait pu rien faire, absolument rien pour le sauver de cet affront.
—Donne-moi des détails?
Grotthauser reprend avec un douloureux sourire:
—Tout s’est passé comme nous l’avions prévu. Te rappelles-tu notre conversation dans le train?
—Je crois bien, entre Hanovre et Berlin.
—Ce que nous avions, à cette époque, envisage comme une hypothèse est devenu une triste réalité. Aucune opposition n’a prévalu, ni de la Hollande contre l’extradition du kaiser, ni d’une partie des peuples de l’Entente contre la mise en scène de ce honteux spectacle. On a conduit le banni en Angleterre...
—Comment?
—Oh! peu importe... avec les honneurs dus à un ennemi vaincu auquel on témoigne de l’estime. On nous a bien joués en sa personne! Pendant tout le procès, il est resté l’hôte du roi d’Angleterre, dans un petit château voisin de Londres. Cela n’a pas empêché de mettre tous les leviers en œuvre pour établir sa culpabilité. Quels mensonges n’a-t-on pas débités pour l’inculper, lui et l’Allemagne!