—Moi, une fille qui va en avoir deux.

—Naturellement, tu es très heureux; on voit la joie éclater dans tes yeux.

—Naturellement!... Et toi?

Thor de Tornten eut, avant de répondre, une courte hésitation. Ce ne fut qu’un éclair, mais qui n’échappa point à son sagace interlocuteur, bien que l’officier se fût aussitôt repris pour répliquer vivement, à son tour:

—Evidemment, moi aussi!

Jacob Grotthauser fit habilement dévier la conversation et n’insista pas sur ce petit incident.

Avec beaucoup de verve, il raconta sa vie, pendant la tourmente. Mais son regard discrètement interrogateur, se posait sur son ami, quêtant une réponse.

Pourquoi Thor de Tornten resta-t-il insensible à cette muette curiosité, se complaisant à écouter le récit des joies que son interlocuteur avait trouvées dans la possession d’une jolie femme et la venue d’une gracieuse fillette?

Pourquoi demeura-t-il silencieux alors que ses actions d’éclat, publiées par toute l’Allemagne, lui donnaient le droit de les conter.

L’usinier était un vieil ami du lieutenant de vaisseau. Tout jeunes, dans le Schleswig, où les biens de leurs pères se touchaient, ils avaient vécu ensemble le temps heureux des escapades de jeunesse perpétrées en commun et n’avaient été séparés que beaucoup plus tard, par la vie qui leur assigna des voies différentes.