—Souffres-tu encore, papa?
—Non, mon petit. De te savoir auprès de moi, je me sens fort et délivré de tout mal.
Le jeune Otto s’est blotti au bord de la couchette. Thor a passé son bras autour du corps de l’enfant et l’attire tout près de lui. Tous deux contemplent l’arbre de Noël autour duquel Carry s’empresse.
C’est le soir. Thor pense encore à sa maison, mais cette fois le point de vue est différent. Il est à l’intérieur, au chaud, tandis que dehors s’étend le manteau immaculé de neige et brille l’étoile du berger. Auprès de lui veillent son fils et cette jeune fille qui a pris une si grande place dans son cœur; car il ne peut plus y avoir de doute: il aime Carry Bolton. Un charme émane d’elle, auquel il ne peut et ne désire d’ailleurs se soustraire; c’est le charme qu’elle tient de sa grâce et de sa bonté.
—Où est maman? fait soudain le garçonnet, à voix presque basse, comme s’il eût compris qu’il ne fallait pas en parler tout haut.
C’est un coup de poignard au cœur de Tornten, qui presse plus fort contre lui le souple corps d’enfant.
—Ta mère est morte, mon fils, explique-t-il après une courte hésitation.
Le petit Otto se met à pleurer silencieusement. Thor cherche à le consoler, mais les larmes redoublent. Carry accourt, et, riant gaiement, saisit dans ses bras l’enfant et le soulève.
Les lumières de l’arbre de Noël scintillent et ont tôt fait de détourner l’attention de l’enfant et de lui faire oublier les paroles de son père. Les mains du petit se tendent vers l’étincelante parure d’argent du sapin symbolique, tandis que ses yeux et sa bouche rient d’une joie débordante.
Carry porte le jeune garçon jusqu’à la table, où se dresse l’arbre enchanté et l’y pose en lui montrant toutes les richesses que le bonhomme Noël a apportées: depuis le cheval à bascule jusqu’à la boîte de chocolats fondants.