—Elle-même, Carry Bolton, qui sera ma femme dès que notre divorce sera prononcé.
—Je vous hais tous les deux et vous anéantirai, grince la jeune femme dans l’échevellement de ses boucles brunes, tandis qu’elle se redresse et s’éloigne du lit de Tornten. Quant à l’enfant, il m’appartient; je le tuerai plutôt que de vous le laisser.
—Infâme! rugit le malade en arrachant le drap qui couvre son corps affaibli et se dressant soudain, mû par l’horreur et par la crainte.
Il voudrait défendre les deux êtres qui lui sont chers, mais ses forces le trahissent; l’élan qui l’a précipité contre sa femme se brise; ses jambes fléchissent sous lui; il s’abat à la renverse et, dans sa chute, sa tête frappe lourdement le plancher...
Il ne sent plus rien... ne voit plus rien...
IV
Thor de Tornten est chez lui à présent.
Il ne s’explique pas de quelle façon il y est parvenu, car c’est subitement qu’il se voit assis dans son fauteuil, à sa table de travail.
Il ne ressent plus de sa blessure qu’une sourde compression aux tempes. Il est habillé et a la sensation de pouvoir se mouvoir, ce qu’il fait d’ailleurs sans difficulté. Il va vers le coffret, où il range ses cigares, en choisit un avec soin, l’allume avec béatitude—il en a été si longtemps privé—se sent envahir d’un renouveau de bien-être et retourne à sa place.
C’est le soir, et, sur le bureau, brille une lampe électrique. Tout autour de lui règne le plus profond silence, un silence bienfaisant, exquis. Tout à coup, Thor s’aperçoit qu’une des fenêtres qui donnent sur le jardin est ouverte. Il se relève et s’en approche; l’air tiède d’un soir de printemps le caresse, il fait plus chaud dehors qu’ici.