Lorsqu’elle voit qu’il se soulève pour la recevoir, elle s’élance vers lui, les deux bras ouverts et se presse contre lui dans un geste gracieux de reconnaissance et d’amour.
Répondant ensuite à l’étonnement qu’il éprouve de se retrouver ici sans transition, elle s’empresse de le renseigner: après une nouvelle syncope, survenue à la suite d’un accident qu’elle n’a pas connu, il s’est maintenant rétabli et chaque jour hâte sa guérison définitive.
Soudain, la visite d’Ilse lui revient en mémoire:
—Sais-tu quelle est la dernière personne que j’ai vue à l’hôpital? fait-il en se rasseyant et en attirant un siège où il invite Carry à prendre place tout auprès de lui.
—Non, s’étonne-t-elle sans rien soupçonner. Qui est-ce?
—Après tout, ce n’était peut-être qu’un rêve, continue-t-il sourdement. Mais, je t’en supplie, Carry, garde-toi bien et veille sur le petit. Sois prudente; ne te fie à personne et ne t’éloigne jamais de moi si tu veux que je sois rassuré sur votre compte à tous deux.
Il l’entretient encore de ses craintes; elle lui parle de l’enfant, qui dort à présent, mais à l’ordinaire emplit toute la maison de sa bruyante joie de vivre; et cependant ils sont tendrement enlacés, échangeant des caresses qu’interrompt un coup discret frappé à la porte. C’est Toman, qui, sur l’invitation de son maître, entre dans le bureau.
—Monsieur l’avocat Bergman désire parler à monsieur le commandant, informe le domestique.
—Priez-le d’entrer, dit Thor, car l’avocat est son conseil juridique et ne se dérange certainement pas sans de sérieux motifs.
«Tu restes! s’adresse-t-il ensuite à Carry, qui s’apprête à sortir.