—Non, répond-elle, en rougissant. Je préfère te laisser seul avec lui. Il s’agit sans doute de ton divorce et ma présence....

Elle s’enfuit et, derrière elle, pénètre l’avocat, calme et maître de soi, comme Thor l’a toujours connu, la serviette sous le bras droit. Sur son visage fin et régulier, des cicatrices rappellent les coups de sabre reçus pendant les années d’université et, sur ses lèvres, flotte un aimable sourire.

—Alors, Dieu merci, vous voilà rétabli, monsieur de Tornten, s’adresse-t-il gaiement à Thor qui se soulève et lui tend la main. Vous nous avez causé de graves inquiétudes, mais maintenant la santé revient rapidement.

—Espérons-le, cher maître. Asseyez-vous, je vous prie, et dites-moi ce qui me procure le plaisir de vous voir?

—Miss Bolton ne vous en a-t-elle rien dit? s’étonne l’avocat en s’asseyant au bureau, en face de Tornten. Pendant que vous étiez au lit, une action en divorce a été introduite contre vous. Votre femme, qui vit actuellement à Munich, réclame la dissolution absolue de votre communauté.

—Je m’en doute et ne m’y oppose en rien, fait Thor froidement, sans éprouver le moindre regret de ce geste définitif qui annule le passé et répudie la mère de son enfant.

—Je n’en attendais pas moins de vous après les événements que j’ai connus et ceux que je soupçonne, approuve l’homme de loi. Mais il reste une question litigieuse: il s’agit de la garde de votre fils.

—Mon fils m’appartient!

—C’est aussi mon avis, et, certainement, au point de vue juridique, nous aurons gain de cause. Mais cela va entraîner un procès long et fastidieux, jusqu’à la solution duquel il importe de veiller sur l’enfant. Mme de Tornten m’a honoré récemment de sa visite et ne m’a pas caché qu’elle était prête à n’importe quel acte pour s’emparer du garçonnet.

—Je sais encore cela; mais j’ai trouvé en miss Bolton une gardienne comme je ne saurais en souhaiter de meilleure.... Cette jeune fille est ma fiancée.