—Que ne me la remettiez-vous plus tôt?
—Parce que j’avais l’ordre de n’en faire usage que si vous refusiez de me croire.
De l’enveloppe qu’il vient d’ouvrir, Thor a retiré une feuille de papier, l’a déployée et n’y a trouvé, à son grand étonnement, que trois simples mots qui ont mis l’émoi dans son cœur et levé du même coup toute hésitation. Qu’importe si sa vie est l’enjeu de la partie! Le papier porte de l’écriture bien connue du comte cette phrase laconique:
«Le kaiser appelle!»
Trois mots qui font bondir Tornten comme s’il n’eût jamais éprouvé de blessure, qui l’électrisent et lui font répondre:
—Je viens!
Toman, immédiatement sonné, s’affaire, apporte chapeau, manteau, avise du départ précipité miss Bolton, qui accourt:
—Ne sors pas, implore-t-elle à mi-voix, avec une tendresse qu’elle veut dissimuler aux yeux de Toman et de Kunst. Tu vas prendre du mal.
—Laisse-moi, Carry. Je ne puis faire autrement. J’ai le devoir de suivre cet homme, répond-il aussi bas et non moins ému. Lis ce que Kammitz m’écrit.
Elle a lu et demeure prostrée. Tornten ordonne à son valet de chambre et à Kunst de sortir les premiers, et, après une dernière caresse, un dernier baiser sur les lèvres de Carry, il descend à son tour dans la rue.