Thor sent, à ces mots, le rouge de la colère lui monter au front. Il regarde fixement la carte et les petits drapeaux multicolores. Il n’ignore pas que le misérable vit à Munich, et ce souvenir lui est intolérable. Mais il se contraint, car il entend résonner dans son cœur l’appel par lequel Kammitz a eu raison de sa répugnance... et cet appel retentit par delà tous ses ressentiments.
—M. d’Unstett ne venait pas me trouver de son propre mouvement, reprend le comte; il paraissait comme porte-parole d’un personnage qui, de son côté, s’était mis en relations avec lui à Munich. Cet individu ne serait autre que l’agent d’une des grandes puissances auxquelles nous sommes redevables de l’exil du kaiser.
—Quelle est cette puissance? interrompit Rittersdorf, nous avons enfin le droit de le savoir.
Kammitz se tourne vers d’Unstett qui, après un moment d’hésitation, se lève et répond froidement:
—Ce sont les Etats-Unis d’Amérique.
L’étonnement le moins dissimulé se peint sur tous les visages.
—Quel intérêt l’Amérique peut-elle avoir à nous pousser dans une aventure qui doit compromettre son œuvre? doute Sellenkamp, en hochant la tête.
—Je donnerai à ce sujet des éclaircissements, répond le capitaine de cavalerie; en ce moment la parole est au comte Kammitz.
—Je vous remercie, répond ce dernier, car je désire aussi terminer avant tout mes explications. Donc, l’agent de cette grande puissance, que nous savons maintenant être l’Amérique, est venu en Allemagne, par ordre de son gouvernement, pour y trouver des hommes résolus, avec l’appui des Etats-Unis, à entreprendre la libération du kaiser.
«Il tomba, en M. d’Unstett, sur l’homme qu’il lui fallait. Tous deux s’entretinrent des voies et moyens d’une semblable opération et d’Unstett fut chargé de recruter les hommes nécessaires.