«Dans son propre pays, on fait reproche à Wilson et à son entourage d’avoir, par ce jugement, abaissé l’Allemagne davantage que ne l’avaient fait la guerre et la défaite elle-même.

«La période des élections présidentielles va s’ouvrir; si l’on veut calmer les Allemands, il faut faire quelque chose pour eux, au moins dans la coulisse.

«Puis, l’Angleterre et l’Amérique sont en désaccord sur le mandat de Shantung, pour lequel l’une soutient le Japon, l’autre prétend l’évincer; la France marche avec son alliée d’Europe.

«D’autre part, la présence sur la côte sud-américaine de l’escadre de surveillance, qui est un prétexte pour les Anglais à s’y consolider, est une épine au pied de l’Amérique.

«Les Etats-Unis ne veulent pas tolérer l’Angleterre dans le Pacifique, et la seule solution de ce dilemme leur apparaît dans cette conception toute simple: faire disparaître la cause en mettant fin à la détention du kaiser.

«Officiellement, l’Union ne peut évidemment pas agir. Dès lors, fidèle à sa politique traditionnelle, elle cherche à fomenter quelque chose qui paraisse en contradiction avec ses propres intérêts, tout en lui ménageant des profits des deux côtés.

«Mon correspondant est autorisé à mettre à notre disposition toutes sommes que la préparation du coup de main peut rendre nécessaires. Les Etats-Unis ont tout mis en œuvre pour nous faciliter la besogne; mais leur concours exclut la participation des marins de sa marine nationale. En nous attribuant cette part dans l’action, l’Amérique s’assure, en tout état de cause, contre les soupçons possibles des nations associées et se prépare, en cas de découverte, une justification facile de son attitude...

«Dans un jour du mois prochain que vous allez fixer aujourd’hui même, un yacht de l’Américain Towbridge, un des rois de la viande, nous attendra à Lisbonne, où nous aurons à nous rendre isolément et sous de faux noms. Il nous conduira à l’endroit où vous voyez sur la carte le premier des petits drapeaux verts.»

Chacun regarde le point désigné, à peu près à la hauteur de Rio-de-Janeiro. Thor lui-même a suivi avec intérêt les explications du capitaine de cavalerie.

—C’est là que commence, à vraiment parler, notre voyage de délivrance, continue Unstett, car nous y serons mis en possession d’un croiseur sous-marin, de la construction la plus récente, avec lequel on nous abandonnera à nos propres forces. Nous deviendrons les maîtres absolus du submersible jusqu’au moment où nous aurons débarqué le kaiser, là où il sera attendu. Découverts, nous avons le devoir de couler bas le navire plutôt que de le laisser tomber aux mains des ennemis.