—Par une nuit pareille, comtesse?

—La nuit n'y est pour rien, monsieur Westwick. Que croyez-vous que le criminel ressente sous la potence quand le bourreau lui met la corde au cou? Il a froid, n'est-ce pas? Il se sent faible, lui, aussi. Excusez mon imagination, un peu originale peut-être; mais, voyez-vous, la destinée m'a passé la corde au cou: je la sens qui me serre déjà.»

Elle jeta un regard autour d'elle.

Ils étaient alors arrivés près du fameux café connu sous le nom de
Florian.

«Faites-moi entrer là, dit-elle, il faut que je boive quelque chose pour me remettre. Allons, n'hésitez pas: vous avez tout intérêt à ce que je me sente mieux. Je ne vous ai pas encore dit ce que j'avais de plus important à vous dire. J'ai à vous parler d'une affaire qui a rapport à votre théâtre.»

Se demandant en lui-même ce qu'elle pouvait bien vouloir à son théâtre, Francis céda à regret à la nécessité et l'accompagna au café. Il la lit asseoir dans une encoignure où ils pouvaient causer tranquillement sans attirer l'attention.

«Que prenez-vous?» demanda-t-il avec résignation.

Elle s'adressa directement au garçon et lui donna ses ordres.

«Du marasquin et une tasse de thé.»

Le garçon la regarda avec étonnement; Francis en fit autant. Pour tous deux c'était une nouveauté que du thé avec du marasquin. Sans s'inquiéter de leur stupéfaction, lorsque le garçon eut exécuté ses ordres, elle lui donna de nouvelles instructions pour qu'il versât un plein verre de la liqueur dans un verre plus grand, qu'on emplit ensuite de thé.