«Avez-vous songé à un autre moyen de découvrir la vérité? demanda-t-il. Qui nous aidera? Sans doute il y a la comtesse, et la clef du mystère est entre ses mains. Mais dans l'état d'esprit où elle est, peut-on croire en elle?… en admettant qu'elle consente à parler. Si j'en juge par moi-même, je ne le pense pas.

—Voulez-vous dire que vous l'avez revue, reprit vivement Agnès.

—Oui, je l'ai encore dérangée au milieu de ses écritures sans fin et j'ai insisté pour en tirer quelque chose de clair.

—Alors vous lui avez dit ce que vous avez trouvé en ouvrant la cachette?

—Certainement, répondit Henry; je lui ai dit que c'était elle qui était responsable de la découverte que j'avais faite. J'ai ajouté que je n'avais pas encore prononcé son nom devant les autorités. Elle a continué à écrire comme si j'avais parlé une langue étrangère pour elle. De mon côté, je me suis entêté, je l'ai prévenue que la tête était confiée à la police et que le gérant et moi nous avions fait notre déclaration et signé nos dépositions. Elle ne fit pas la moindre attention à ma présence. Pour l'obliger à parler, j'ajoutai que l'enquête devait rester secrète et qu'elle pouvait compter sur mon entière discrétion. Je crus que j'avais réussi. Son regard quitta son manuscrit et se tourna vers moi avec un éclair de curiosité.

—Que vont-ils en faire?

Elle parlait de la tête, je suppose.

Je répondis qu'elle devait être enterrée en secret des qu'on en aurait fait la photographie, puis je lui fis connaître l'opinion du médecin légiste qui a été consulté et qui prétend qu'on a employé des produits chimiques pour arrêter la décomposition, mais que cette tentative n'a qu'en partie réussi. Avant d'aller plus loin, je lui demandai à brûle-pourpoint si le médecin ne se trompait pas. Elle reprit avec beaucoup de sang-froid:

—Puisque vous voilà, je veux vous demander quelques conseils pour ma pièce; je voudrais y introduire quelques incidents.

Notez bien qu'il n'y avait aucune intention ironique dans sa façon de me parler; elle brûlait réellement du désir de me lire son incroyable ouvrage, s'imaginant sans doute que je prenais grand intérêt à de pareilles choses, parce que mon frère est directeur d'un théâtre. Je me suis aussitôt retiré sous un prétexte quelconque, mais il est possible que votre influence puisse encore s'exercer sur elle. Si vous voulez, pour satisfaire pleinement votre esprit, elle est encore en haut et je suis prêt à vous y accompagner.»