Agnès frémit à la seule pensée d'avoir une seconde entrevue avec la comtesse.

«Je ne peux pas, je n'en aurais pas le courage, s'écria-t-elle. Après ce qui s'est passé dans cette horrible chambre, elle m'inspire plus d'horreur que jamais. Ne me demandez pas cela, Henry. Tâtez ma main; rien qu'en vous écoutant je suis devenue froide comme la mort.»

Elle n'exagérait pas, Henry se hâta de changer la conversation.

«Parlons, dit-il, d'une autre chose plus intéressante. J'ai une question à vous faire. Me trompé-je en croyant que plus tôt vous quitterez Venise, plus tôt vous serez heureuse.

—Ah! reprit-elle vivement, vous ne vous trompez pas. Je ne saurais dire à quel point je désire être loin de cette horrible ville; mais vous savez ce qui m'arrive, vous avez entendu ce qu'a dit lord Montbarry au dîner.

-Mais s'il avait changé d'avis depuis,» demanda Henry. Agnès le regarda avec étonnement. «Je croyais qu'il avait reçu des lettres d'Angleterre qui l'obligeaient à quitter Venise dès demain, dit-elle.

—C'est vrai. Il était décidé à partir demain pour l'Angleterre et à vous laisser sous ma garde avec lady Montbarry à Venise pendant les vacances; mais une circonstance l'a obligé à abandonner cette idée, Il faut qu'il vous emmène tous demain, parce qu'il m'est impossible de veiller sur vous. Je suis moi-même obligé d'interrompre mes vacances en Italie pour retourner aussi en Angleterre.»

Agnès le regarda fixement; elle n'était pas sûre de comprendre.

«Êtes-vous réellement obligé de partir!» demanda-t-elle.

Henry lui répondit en souriant: