» Telle est la situation au début du deuxième acte.

» L'entrée de la comtesse vient troubler le baron dans sa méditation. Elle est en proie à la rage. Des paroles de colère s'échappent de ses lèvres: quelques moments s'écoulent avant qu'elle rentre suffisamment en possession d'elle-même pour pouvoir parler. Elle vient d'être insultée à deux reprises, d'abord par une personne de son service, ensuite par son mari. Sa femme de chambre, une Anglaise, a déclaré qu'elle ne voulait pas servir plus longtemps la comtesse. Elle abandonne ses gages, mais veut retourner immédiatement en Angleterre.

» Interrogée sur les motifs qui la font agir ainsi, elle répond insolemment et en termes voilés, qu'une honnête femme ne peut pas servir la comtesse, surtout depuis que le baron est arrivé. La comtesse fait ce que toute femme aurait fait à sa place: indignée, elle chasse sur-le-champ cette misérable.

» Le lord, entendant sa femme parler haut, quitte le cabinet de travail où il avait l'habitude de s'enfermer avec ses livres et demande ce que signifie cette dispute. La comtesse lui dit les paroles outrageantes et la conduite de la femme de chambre. Le lord non seulement déclare qu'il approuve la conduite de cette domestique, mais il exprime les doutes qu'il a sur la fidélité de sa femme si crûment qu'il est impossible de les répéter: «Si j'avais été homme, dit la comtesse, si j'avais eu une arme à ma portée, je l'aurais tué sans pitié.»

» Le baron, qui jusque-là a écouté en silence, prend alors la parole: «Permettez moi de finir la phrase pour vous, dit-il; vous l'auriez frappé à mort, et par cet acte de violence, vous vous seriez privée de la prime d'assurance qui revient à la veuve, prime si nécessaire pour tirer votre frère de l'intolérable situation dans laquelle il est maintenant.»

» La comtesse rappelle gravement au baron qu'il n'y a pas là matière à plaisanter. Après ce que le lord lui a dit, elle ne doute pas qu'il ne communique ses infâmes soupçons à ses avocats en Angleterre. Si elle ne fait rien pour l'en empêcher, avant peu elle sera divorcée et déshonorée, en proie à la calomnie, sans autres ressources que ses bijoux pour ne pas mourir de faim.

» À ce moment, le courrier que le lord a engagé en Angleterre pour l'accompagner dans ses voyages, traverse la scène avec une lettre qu'il va mettre à le poste. La comtesse l'arrête et demande à regarder l'adresse. Elle la garde un instant et la montre à son frère. L'écriture est du lord: la lettre est adressée à ses avocats à Londres.

» Le courrier part pour la poste. Le baron et la comtesse se regardent en silence.

» Ils n'ont pas besoin de parler. Ils comprennent parfaitement leur position, et le seul remède leur apparaît dans sa triste clarté. L'alternative est bien simple: «Déshonneur et ruine, ou mort de milord et argent de l'assurance!»

» Le baron, fort agité, se promène de long en large, se parlant à lui-même. La comtesse saisit des lambeaux de phrases.