Il continua jusqu'à la fin du second acte. Puis il leva la tête:
«Croyez-vous réellement que les restes mutilés que vous avez découverts ce matin soient les restes de notre frère? demanda-t-il. Et le croyez-vous sur un témoignage pareil?». Henry répondit par un signe de tête affirmatif.
Lord Montbarry fut sur le point de protester d'une façon énergique, mais il se contint.
«Vous convenez que vous n'avez pas lu les dernières scènes de la pièce, dit-il. Ne soyez pas enfant, Henry! Si vous persistez à croire cette horrible chose, le moins que vous puissiez faire est de prendre entièrement connaissance du manuscrit. Voulez-vous lire le troisième acte? Non? Eh bien, je vais vous le lire, moi.»
Il chercha le troisième acte et prit quelques passages assez clairement écrits pour être déchiffrés.
«Voici une scène dans les caveaux du palais: La victime du complot est couchée sur un misérable lit; le baron et la comtesse songent à la position dans laquelle ils se sont mis. La comtesse, si je comprends bien, s'est procuré l'argent nécessaire en empruntant sur ses bijoux à Francfort; et le courrier peut encore en revenir, au dire du_ _médecin. Que feront les coupables si l'homme revient à la santé? Dans son habileté, le baron propose de remettre le lord en liberté. Si par hasard il s'adressait à la justice, il serait facile de déclarer qu'il était sujet à des accès de folie et d'en appeler au témoignage de sa propre femme. D'un autre côté, si le courrier meurt, comment se débarrasser du lord séquestré.
» Faut-il le laisser mourir de faim?
» Non, le baron est un homme du monde, il n'aime pas les cruautés inutiles.
» Restent donc les moyens violents: si on recourait à un bravo[1]?
» Le baron objecte qu'il n'a nulle confiance dans un complice; en outre, il ne veut dépenser, autant que possible, de_ _l'argent que pour lui-même.