«La petite Mme Ferraris est venue, ma chérie, dans un état affreux, demandant quand vous serez de retour. Son mari a quitté lord Montbarry sans prévenir et personne ne sait ce qu'il est devenu.»
Agnès la regarda avec étonnement:
«Êtes-vous sûre de ce que vous dites?»
La nourrice répandit qu'elle en était absolument sûre.
«Mais, mon Dieu, mademoiselle, ajouta-t-elle, la nouvelle vient du bureau des courriers dans Golden square, du secrétaire, mademoiselle Agnès, du secrétaire lui-même!»
À cette nouvelle affirmation, Agnès, surprise et inquiète, envoya sur-le-champ—la soirée n'était pas encore très avancée—prévenir Mme Ferraris qu'elle était de retour.
Une heure après, la femme du courrier arriva, dans un état d'agitation incroyable; quand elle put parler, elle confirma en tous points ce qu'avait dit la nourrice.
Après avoir reçu avec assez de régularité des lettres de son mari, datées de Paris, de Rome et de Venise, Émilie lui avait écrit deux fois sans recevoir de réponse.
Fort inquiète, elle était allée au bureau, à Golden square, demander si on avait des nouvelles de son mari. La poste du matin avait apporté au secrétaire une lettre d'un courrier qui était à Venise. Elle contenait des renseignements sur Ferraris; on avait laissé sa femme en prendre une copie qu'elle apportait à lire à Agnès.
Celui qui écrivait disait qu'il était tout récemment arrivé à Venise, et que sachant que son ami Ferraris était avec lord et lady Montbarry, logé dans un vieux palais vénitien qu'on avait loué à bail, il y était allé pour le voir. Après avoir sonné à une porte ouvrant sur le canal, sans pouvoir se faire entendre, il était allé de l'autre côté donnant dans une étroite allée comme la plupart des rues de la ville. Il trouva sur le seuil de la porte, comme si elle se fût attendue à ce qu'il vînt ensuite par là, une femme pâle avec de magnifiques yeux noirs, qui n'était autre que lady Montbarry.