«La seule chose que je puisse vous dire, reprit-elle après avoir prononcé quelques paroles de consolation et d'espoir, est qu'il faut consulter une personne de plus d'expérience que moi. Voulez-vous que j'écrive à mon notaire, qui est en même temps mon ami et mon homme d'affaires, de venir demain dès qu'il aura terminé ses travaux?»
Émilie accepta cette proposition avec reconnaissance; on prit rendez-vous pour le lendemain. Agnès se chargea d'écrire la lettre nécessaire et la femme du courrier s'en alla. Fatiguée, blessée an coeur, Agnès s'étendit sur le canapé pour se reposer et se remettre un peu. La nourrice, toujours pleine de sollicitude, lui apporta une tasse de thé. Le bavardage de la bonne vieille, qui roula sur elle-même et sur ce qu'elle avait fait pendant l'absence d'Agnès, fut une sorte de soulagement. Elles causaient encore tranquillement, quand on frappa un coup violent à la porte de la maison. Des pas précipités montèrent l'escalier. La porte de la chambre fut ouverte avec fracas; la femme du courrier entra comme une folle.
«Il est mort! Ils l'ont assassiné!»
Ce fut tout ce qu'elle put dire. Elle se jeta à genoux auprès du canapé, étendit une main qui serrait un papier et tomba à la renverse.
La nourrice fit signe à Agnès d'ouvrir la fenêtre, et s'occupa de rappeler la malheureuse à la vie.
«Qu'est-ce donc que cela? s'écria-t-elle tout à coup. Elle tient une lettre. Voyez ce que c'est, mademoiselle.»
L'enveloppe ouverte était adressée à Mme Ferraris. L'écriture était évidemment contrefaite. Le cachet de la poste était celui de Venise, l'enveloppe renfermait une feuille de papier à lettre et un billet plié en plusieurs doubles.
La lettre avait une ligne d'une écriture contrefaite également:
Pour vous consoler de la perte de votre mari,
Agnès ouvrit ensuite un morceau de papier qui y était joint.