Les yeux gris-clair de Mme Ferraris s'éclairèrent soudain; son teint, plombé d'ordinaire, s'empourpra subitement.

«C'est faux! cria-t-elle. C'est une honte! c'est une infamie de parler ainsi de mon mari!

—Je vous avais bien dit que je vous offenserais, repartit
M. Troy.»

Agnès intervint une fois encore pour rétablir la paix. Elle prit la main de l'épouse offensée; elle fit remarquer au notaire ce qu'il y avait d'injurieux pour Ferraris dans ses soupçons, et en appela à lui-même de son propre jugement. Pendant qu'elle parlait, la nourrice interrompit l'entretien en entrant dans la chambre avec une carte de visite. C'était la carte d'Henry Westwick; il y avait quelques mots écrits à_ _la hâte au crayon.

«J'apporte de mauvaises nouvelles. Laissez-moi vous voir un instant en bas.»

Agnès quitta immédiatement la chambre.

Seul, avec Mme Ferraris, M. Troy montra enfin la bonté de son coeur. Il essaya de faire la paix avec la femme du courrier.

«Vous avez parfaitement le droit, ma chère dame, de ressentir aussi vivement une appréciation qui vous semble injurieuse pour votre mari, reprit-il; je dois même dire que je ne vous en respecte que plus en vous voyant prendre ainsi chaleureusement sa défense. Mais aussi, n'oubliez pas, vous, que mon devoir, dans une aussi grave affaire, est de dire sincèrement ce que je pense. Il est impossible que j'aie l'intention de vous être désagréable, ne connaissant ni vous, ni M. Ferraris. Mille livres sterling, c'est une grosse somme; et quelqu'un qui n'est pas riche, peut être excusable de se laisser tenter quand on lui demande, non pas de commettre une mauvaise action, mais seulement de se tenir à l'écart pendant un certain temps. Mon seul but, agissant en votre faveur, est d'arriver à la vérité. Si vous voulez bien m'accorder du temps, je ne vois encore aucune raison qui puisse empêcher d'espérer qu'on retrouve votre mari.»

La femme de Ferraris écouta sans se laisser convaincre: son esprit borné et plein de méfiance contre M. Troy ne lui permettait pas de comprendre ce qui aurait dû la faire revenir sur sa première impression. «Je vous suis très obligée, monsieur.» C'est tout ce qu'elle répondit, mais ses yeux furent plus expressifs et ils ajoutèrent très clairement, dans leur langage: «Vous pouvez dire ce que vous voudrez; je ne vous pardonnerai jamais de ma vie.»

M. Troy abandonna la partie. Il recula tranquillement sa chaise, mit ses mains dans ses poches, et regarda par la fenêtre.