»—Cet homme est perdu, rien n'y fera; on devrait le prévenir, me dit-il.

» Dans la journée, je prévins le lord aussi doucement que je pus, que sa dernière heure était arrivée. On m'assure qu'il y a de sérieuses raisons pour que je dise tout ce qui se passa entre nous à ce sujet. Le voici donc:

» Lord Montbarry reçut la nouvelle de sa mort prochaine avec résignation, mais sans y croire absolument. Il me fit signe de m'approcher et murmura faiblement ces mots à mon oreille:»—Puis-je avoir confiance en vous?» Je lui répondis:

» Vous pouvez avoir pleine et entière confiance en moi.

» Il attendit un peu, respirant à peine, et reprit à voix basse:

»—Cherchez sous mon oreiller.

» Je trouvai une lettre cachetée et affranchie, prête à être mise à la poste. C'est à peine si je l'entendis prononcer les paroles suivantes:

»—Mettez-la vous-même à la poste.

» Je répondis que je le ferais, et je le fis. Je regardai l'adresse: elle était pour une dame de Londres. Je ne me souviens pas de la rue, mais je me rappelle parfaitement le nom; c'était un nom italien: Mme Ferraris.

» Cette nuit-là «Sa Seigneurie» mourut; la congestion pulmonaire commença. Je le fis aller encore quelques heures, et, le lendemain matin, je vis dans ses yeux qu'il me comprenait quand je lui dis que j'avais mis sa lettre à la poste. Ce fut le dernier signe de connaissance qu'il donna. Quand je le revis, il était pour ainsi dire tombé en léthargie. Il languit dans un état d'insensibilité complète, soutenu pour ainsi dire par des moyens artificiels, jusqu'au 23 et, mourut le soir sans connaissance.