» Telle fut sa réponse.

» Le 17, il allait bien plus mal; aussi envoya-t-on chercher un médecin sans le consulter. Le baron Rivar, sur la recommandation du consul, alla prévenir la docteur Bruno, bien connu à Venise pour un homme de talent; il avait habité l'Angleterre, dont il connaît les moeurs et les habitudes.

» Jusqu'ici, nous n'avons fait que reproduire ce que lady
Montbarry nous a révélé sur la maladie de son époux.

» Maintenant nous allons copier textuellement le rapport qu'a bien voulu nous communiquer le médecin:

«Mon agenda m'apprend que je fus appelé pour la première fois auprès du lord anglais Montbarry le 17 novembre. Il souffrait d'une violente bronchite. On avait déjà perdu un temps précieux à cause de son refus de faire appeler un médecin. Il me fit l'effet d'être d'une constitution délicate. Il avait une désorganisation du système nerveux: il était à la fois timide et taquin. Quand je lui parlais en anglais, il répondait en italien; quand je lui parlais en italien, il répondait en anglais. Ces détails n'ont aucune importance d'ailleurs, car la maladie avait déjà fait de tels progrès, qu'il pouvait à peine prononcer quelques mots à voix basse.

» Sur-le-champ, je prescrivis les remèdes nécessaires. Des copies de mes ordonnances avec la traduction en anglais accompagnent le présent rapport et parlent d'elles-mêmes.

» Pendant les trois jours suivants, je ne quittai pas mon malade. Il suivit de point en point mes remèdes qui produisirent un excellent effet. En toute assurance, je pus dire à lady Montbarry que tout danger était conjuré. Mais c'est en vain que j'essayai de lui faire accepter les services d'une garde-malade expérimentée. Milady ne voulut permettre à personne de soigner son mari. Nuit et jour elle était à son chevet. Pendant qu'elle prenait quelques courts moments de repos, son frère veillait le malade à sa place. Je dois dire que j'ai trouvé ce frère de très bonne compagnie dans les rares intervalles où nous avons pu causer ensemble. Il s'occupait de chimie, tripotait quelques expériences dans les sous-sols du palais bâti sur pilotis et voulait me faire assister à ses expériences; mais j'ai assez de m'occuper de chimie en étudiant pour mon compte, et je refusai. Il prit la chose fort gaiement.

» Mais je m'éloigne de mon sujet. Revenons à notre malade.

» Jusqu'au 20, les choses allèrent assez bien. Je n'étais nullement préparé au triste événement qui s'annonça le 21 au matin quand je fis ma visite à lord Montbarry. Son état s'était aggravé et sérieusement. En l'examinant, je découvris des symptômes de pneumonie,—ce qui veut dire en langue vulgaire, inflammation de la substance des poumons. Il respirait avec difficulté et les quintes de toux ne parvenaient à le soulager qu'en partie. Je m'inquiétai de ce qui avait pu se passer. Je fis à cet égard une véritable enquête qui n'eut d'autre résultat que de _me _convaincre que mes ordonnances avaient été suivies avec autant de soin que par le passé, et qu'il n'avait été exposé à aucun changement de température. Ce fut à mon grand regret qu'il me fallut augmenter le chagrin de lady Montbarry, mais je dus, lorsqu'elle me parla de faire appeler un second médecin en consultation, lui avouer que ce n'était réellement pas la peine. Milady me pria de ne rien épargner et de demander l'avis du plus célèbre médecin d'Italie. Heureusement nous n'avions pas à aller bien loin. Le premier des médecins italiens est Torello, de Padoue. J'envoyai un exprès pour le demander. Il arriva dans la soirée du 21, et confirma en tous points mon opinion sur la pneumonie; Il ajouta que la vie de notre malade était en danger. Je lui dis quel avait été mon traitement, et il l'approuva sans réserve. Il fit de précieuses recommandations et, à la prière de lady Montbarry, consentit à différer son retour à Padoue jusqu'au lendemain matin.

» Nous vîmes tous deux le malade à plusieurs reprises dans la nuit. La maladie s'aggravait d'heure en heure malgré tous nos soins. Le matin, le docteur Torello prit congé de nous.