—Je plains sa femme, reprit Mme Rolland.

—Naturellement elle est inquiète de lui, continua Agnès.

—Elle devrait remercier Dieu d'en être débarrassée,» interrompit
Mme Rolland.

Agnès continua.

«Je connais Mme Ferraris depuis son enfance et je désire sincèrement lui être utile en cette circonstance. Avez-vous remarqué quelque chose pendant que vous étiez à Venise, qui explique la disparition si extraordinaire de son mari? Dans quels termes, par exemple vivait-il avec son maître et sa maîtresse?

—En termes excellents avec sa maîtresse, répondit Mme Rolland, si excellents, qu'ils en étaient tout bonnement répugnants pour une respectable servante anglaise. Elle le poussait à lui raconter toutes ses affaires: comment il vivait avec sa femme, s'il avait besoin d'argent, et autres choses semblables, tout comme s'ils étaient égaux. C'était répugnant! Cela n'a pas d'autre nom!

—Et son maître? reprit Agnès. En quels termes était Ferraris avec lord Montbarry?

—Milord vivait constamment enfermé avec ses études et ses peines, répondit Mme Rolland, avec une expression de respect solennel pour la mémoire du lord. M. Ferraris recevait son argent quand il en avait à toucher, et ne se souciait pas d'autre chose. «Si mes moyens me le permettaient, je m'en irais aussi; mais mes moyens ne me le permettent pas.» Ce furent les dernières paroles qu'il me dit le matin de mon départ. Je ne lui répondis même pas. Après ce qui s'était passé entre nous, je n'étais naturellement pas en fort bons termes avec lui.

-Vous ne pouvez donc rien me dire d'intéressant sur cette affaire?

—Rien, répondit Mme Rolland, semblant heureuse de voir Agnès désappointée.