On frappa à la porte: c'était le peintre en décors. Son directeur lui demanda aussitôt s'il y avait une odeur quelconque dans la chambre.
«Je sens votre cigare qui doit être délicieux; offrez m'en un tout de suite!
—Attendez un peu. Outre mon cigare, sentez-vous autre chose, quelque chose d'horrible, d'abominable, d'indescriptible, quelque chose que vous n'avez jamais, mais jamais senti auparavant?»
Le peintre parut confondu par l'énergique véhémence des paroles qu'il venait d'entendre.
«Votre chambre est aussi fraîche et aussi saine que possible»; et en disant cela il se retourna avec étonnement du côté de Francis Westwick qui, debout dans le corridor, regardait l'intérieur de la chambre à coucher avec un sentiment de dégoût non déguisé.
Le directeur parisien s'approcha de son collègue anglais et le regarda d'un air inquiet.
«Vous voyez, mon ami, nous voici deux ici avec d'aussi bons nez que le vôtre et nous ne sentons rien. Si vous voulez inviter d'autres témoignages, regardez; voici d'autres nez encore, et il montrait deux petites filles anglaises jouant dans le corridor. La porte de ma chambre est grande ouverte et vous savez avec quelle rapidité une odeur se propage. Maintenant écoutez; je vais faire appel à ces nez innocents dans la langue de leur île brumeuse:— Mes petits amours, est-ce que cela sent mauvais ici, hein?»
Les enfants éclatèrent de rire et s'empressèrent de répondre:
«Non.
—Vous le voyez, mon bon Westwick, c'est clair, reprit le Français dans sa langue à lui cette fois. Je vous plains de tout mon coeur, croyez-moi, allez voir un médecin, car il y a sûrement quelque chose de dérangé dans votre pauvre nez.»