Francis reconnut du premier coup d'oeil la femme qu'il haïssait le plus cordialement de toutes, la veuve de son frère défunt, le premier lord Montbarry. Il fronça les sourcils en la regardant; son habitude des coulisses, les innombrables répétitions auxquelles il avait assisté et où les actrices avaient mis sa patience à une rude épreuve, l'avaient accoutumé à parler rudement aux femmes qu'il n'aimait pas.

«Je me souviens parfaitement de vous, dit-il. Je vous croyais en
Amérique!»

Elle ne fit aucune attention au ton désagréable qu'il avait pris, mais lorsqu'il leva son chapeau pour la quitter, elle l'arrêta.

«Laissez-moi vous accompagner un instant, répondit-elle tranquillement. J'ai quelque chose à vous dire.

—Je fume, reprit-il, en lui montrant son cigare.

—La fumée ne me gêne pas.».

Après cela, il n'y avait qu'à s'incliner à moins d'être un véritable brutal. Il se résigna avec autant de bonne grâce que possible.

» Eh bien, voyons, que voulez-vous?

—Vous allez le savoir tout de suite, monsieur Westwick, laissez-moi vous faire connaître avant ma position. Je suis seule au monde. À la mort de mon mari est venue s'ajouter maintenant une autre douleur, la perte de mon compagnon de voyage en Amérique, de mon frère, le baron Rivar.»

La réputation du baron et les doutes que la médisance avait jetés sur ses relations avec la comtesse étaient bien connus de Francis.