Mais cette question qui se présentait indirectement à son esprit, comme la douleur en rêve, se perdit bientôt dans les modulations de la chanteuse, et la rêverie d’Arbuton n’en fut que plus calme.
Après avoir dit bonsoir à la famille Ellison, il se rappela qu’il avait oublié quelque chose: c’était de leur annoncer son départ.
VIII
LE LENDEMAIN MATIN
Québec s’illuminait sous les doux rayons obliques d’un soleil hyperboréen, au moment où nos amis traversaient, le lendemain matin, la place du marché de la haute-ville, se dirigeant vers la barrière Hope, où le colonel devait les rejoindre un instant plus tard.
S’il est aisé pour le touriste le plus attentif de perdre son chemin dans Québec, on comprendra sans peine qu’il fut facile à nos voyageurs de s’égarer, eux qui n’étaient ni pressés ni fort attentifs.
Mais la rue dans laquelle ils s’aventurèrent, si elle ne conduisait pas directement à la porte Hope, avait au moins le mérite d’être tout à fait caractéristique.
Des deux côtés de cette rue, la plupart des maisons étaient basses et construites en brique replâtrée, avec deux lucarnes à chaque versant du toit, toutes garnies de pots de fleurs.
Les portes étaient d’une couleur un peu plus gaie que le reste; à chacune d’elles brillait un bouton en cuivre bruni avec un large heurtoir ou une sonnette mécanique de même métal luisant, ainsi qu’une plaque portant le nom du propriétaire et son titre professionnel, lequel, lorsque ce n’était pas celui d’avocat, était à coup sûr celui de notaire, tant Québec est amplement pourvu de ces estimables hommes de loi.
A côté de chaque maison, il y avait une porte cochère, et dans celle-ci une autre ouverture de plus petite dimension.
Les marches d’entrée et le seuil des portes étaient recouverts de linoléums nets et brillants; le trottoir en bois était très propre, de même que le pavé raboteux de la chaussée qui allait en pente.