Au pied de la descente, on apercevait un pan des murailles de la ville, percé de meurtrières: et en contournant l’encoignure d’une maison, on avait sous les yeux les canons à moitié cachés dans les embrasures.

Ce passage avait le charme des vieilles rues que les voyageurs aiment à explorer en Europe, et dans lesquelles le présent et le passé, les ruines et les restaurations, la paix et la guerre, se sont donné la main pour produire un effet qui, non seulement séduit l’œil, mais encore—si illogique que cela puisse être—touche le cœur.

Au-dessus du parapet, se déroulait un paysage comme aucune rue de l’ancien monde, à notre avis, n’en a jamais commandé.

Le Saint-Laurent vaste et bleu, une partie du riant village de Beauport échelonné sur la rive; puis une large étendue de prairie d’un vert pâle s’élevant graduellement dans le lointain, puis des monts teintés de violet, et enfin par-dessus tout, le ciel et ses nuages.

Dans cette bienheureuse rue, était assis à mi-côte ce même artiste que nos amis avaient rencontré dans la cour de l’Hôtel-Dieu.

Il dessinait quelque chose, et faisait l’objet de la curiosité de tout le voisinage. Deux collégiens portant l’uniforme du Séminaire, flânant sur le trottoir, le regardaient travailler.

Un groupe d’enfants l’entourait.

Une petite fille, les cheveux attachés avec un ruban bleu, penchée à une fenêtre, parlait de lui à quelqu’un qui se trouvait à l’intérieur.

Une jeune personne ouvrait sa croisée et lui jetait un coup d’œil furtif.

Dans une porte toute grande ouverte, une vieille dame regardait, la main sur ses yeux.