Ils passèrent en face des banques et des grandes maisons de commerce, rencontrant sur leur route les figures hâlées de matelots de toutes les nations.

Au coin de la rue Saint-Pierre, le drapeau national flottait sur le consulat des Etats-Unis, et sa vue réveilla plus vivement, chez Kitty peu habituée aux voyages, le sentiment de son éloignement du sol natal.

Enfin, ils tournèrent dans la nouvelle rue Saut-au-Matelot, où aboutit la ruelle qui portait autrefois ce nom, et s’acheminèrent lentement dans l’ombre fraîche et le silence de cette voie solitaire.

Kitty était étrangement débarrassée de cette contrainte qu’Arbuton exerçait généralement sur elle. Un certain esprit d’indépendante résistance lui remplissait le cœur. Elle sentait et pensait à sa guise pour la première fois depuis plusieurs jours.

De son côté, Arbuton allait méditant sur le problème que lui présentait cette jeune fille qui méprisait les gentilshommes, et qui pourtant ne cessait point d’être charmante à ses yeux.

Une légère odeur d’étoupe et de poisson salé flottait dans l’atmosphère.

—Oh! soupira Kitty, est-ce que cela ne vous fait pas songer aux mers lointaines? Est-ce que vous n’aimeriez pas à être naufragé pour une demi-journée ou à peu près, monsieur Arbuton?

—Oui, oui, certainement, répondit celui-ci avec distraction.

Puis il se demanda ce qu’elle avait à rire.

Le silence de l’endroit était troublé seulement par le bruit qui sortait des boutiques de tonneliers, lesquels occupaient certainement une maison sur deux.