La solitude n’était animée que par les terreneuves qui s’allongeaient nonchalamment sur le seuil de chacun de ces ateliers.

La succession non interrompue de ces boutiques et de ces chiens mit Kitty en verve, et tout en cheminant à pas lents, elle se mit à plaisanter à ce sujet comme elle avait l’habitude de le faire à tout propos.

—Tiens, dit-elle, voici une porte sans chien. Cela ne peut pas être une véritable boutique de tonnelier—sans chien! Oh! voilà qui explique tout, je suppose, ajouta-t-elle en s’arrêtant devant l’entrée et en lisant l’enseigne: Académie commerciale et littéraire, suspendue à une fenêtre du deuxième étage. Un curieux endroit pour un temple de la science! Quel rapport supposez-vous qu’il puisse y avoir entre le métier de tonnelier et l’éducation académique, monsieur Arbuton?

Elle s’était arrêtée et regardait l’enseigne qui avait excité sa gaieté, balançant négligemment son ombrelle à droite et à gauche, tandis qu’un sourire rayonnant se jouait sur sa figure.

Soudain une ombre parut s’élancer entre elle et la porte ouverte; Arbuton se précipita violemment de son côté, et pendant qu’elle faisait des efforts pour ne pas perdre son équilibre sous le choc, elle le vit penché sur un chien furieux cramponné sur sa poitrine, aux revers de son paletot, et dont il serrait la gorge de ses deux mains.

D’un regard il vit la terreur de la jeune fille.

—Je vous demande pardon; n’appelez pas, dit-il.

Mais du fond de la boutique arrivaient des malédictions:

—Miséricorde! c’est le bouledogue du capitaine anglais!

D’affreux cris de détresse se firent entendre, et un petit homme à la figure étrangement sauvage, nu-tête et les yeux hagards, s’élança de la maison.