Kitty osait à peine lui demander s’il était blessé, ce qu’elle fit cependant d’une voix temblante.

—Non, je ne crois pas, répondit-il en jetant un coup d’œil à sa redingote qui était croisée sur sa poitrine, et intacte.

Il continua à marcher, jetant un regard rapide à toutes les portes où il n’apercevait pas un chien de Terre-Neuve.

Tout cela s’était passé si soudainement et en si peu de temps que la jeune fille aurait pu ne pas entièrement comprendre, quand même elle aurait été témoin de toute la scène.

Arbuton s’en rendait à peine compte lui-même.

Au moment où Kitty s’arrêtait riant et badinant à la porte de la boutique, il avait par hasard aperçu le chien tapi à l’intérieur, et n’avait eu que juste le temps de se précipiter en avant pour recevoir sur sa poitrine le féroce animal qui s’élançait sur la jeune fille.

Il n’avait en agissant ainsi aucunement songé à son propre danger.

Il savait qu’il n’était pas blessé, mais cela lui était égal. Kitty était saine et suave, c’est tout ce qui l’occupait.

En pressant la main de celle-ci contre son cœur, il sentit comme un frémissement d’inexprimable tendresse, comme un sentiment de possession rapide et passionné, une espèce de transport enthousiaste, comme si, en sauvant la jeune fille de cet horrible danger, il l’avait conquise pour toujours.

La perplexité qu’elle lui avait toujours fait éprouver semblait s’être évanouie comme une chimère.