La rencontrer sur les escaliers ou dans les passages et lui faire place avec un geste, une rougeur, un léger émoi; s’asseoir à table près d’elle trois fois par jour—tout cela exerçait sur lui une fascination puissante.

Il y avait du ravissement dans son châle retombant sur le dossier de sa chaise.

Ses gants reposant sur la table comme des feuilles mortes, et conservant encore la forme de ses mains, étaient pleins d’enchantement; et, chose extraordinaire, ils lui touchaient le cœur d’autant plus qu’il y avait en eux quelque chose de négligé, et que le bout des doigts en était délicieusement usé.

Il trouvait de l’intérêt même dans les conversations à la dérobée qu’elle avait avec Fanny sur l’assemblage des objets et l’assortiment des couleurs.

Ces conversations revenaient plus ou moins souvent, quel que fût le sujet sur le tapis; car il s’élevait toujours dans l’esprit de l’une ou de l’autre des deux femmes quelque question relative aux adaptations qu’on était obligé de faire des toilettes de Mme Ellison aux exigences de la vie quotidienne de Kitty.

Ce secret était un attrait pour leurs cœurs innocents, et les cachettes qu’il nécessitait, les difficultés soudaines qu’il présentait, et les équivoques bien excusables qu’il inspirait, avait tout le piquant de l’intrigue.

Rien n’allait mieux au caractère de Mme Ellison que de parer Kitty pour cette mascarade perpétuelle; et comme les toilettes étaient très jolies et que Kitty était fille d’Eve dans l’âme, comment cela aurait-il pu déplaire à celle-ci?

Leur conversation s’animait de cette joyeuse pensée qu’Arbuton était loin de songer à ce dont il s’agissait.

Il y avait des murmures, des gestes et des rires mystérieux.

Quelquefois il croyait qu’on s’amusait à ses dépens; alors il se joignait à elles, et son erreur redoublait l’hilarité des autres.