Il était même dans une ignorance complète de la condition sociale et des circonstances où elle avait vécu. Mais il ne la voyait plus que dans le rayonnement de ce qu’il avait osé pour elle, et qu’au reflet du dévouement par lequel il lui semblait l’avoir conquise.
Et il agissait auprès d’elle avec l’abnégation d’un amoureux, ou quelque chose d’analogue, comme qui dirait une tolérance absolue, une patience pleine de tendresse, dans laquelle il aurait été difficile de découvrir une ombre de condescendance cachée.
Il était devenu passablement intime dans la famille.
La blessure de Mme Ellison, malgré de nombreuses imprudences, allait décidément mieux, et quelquefois la malade se payait le luxe, avec l’aide de quelqu’un, de descendre dîner dans la salle à manger.
Mais elle prenait toujours le thé près de son canapé, et Arbuton en faisait autant avec le reste de la famille.
Peu d’heures du jour s’écoulaient sans qu’ils se rencontrassent dans cette intimité familière qui s’établit entre les personnes passant les loisirs de l’été sous le même toit.
Le matin, il retrouvait la jeune fille plus fraîche et plus gaie qu’aucune des fleurs du jardin épanouies sous leurs fenêtres, et gardant encore dans son regard le doux reflet de ses rêves ingénus.
Le soir se passait près d’elle, à la lueur de la lampe qui éclairait ce petit monde intérieur en reléguant dans l’ombre le grand monde du dehors, et qui semblait être le suave rayonnement de la présence de cette jeune fille qui causait, tricotait ou lisait, comme l’ange idéal du foyer.
Quelquefois il l’entendait causer avec Mme Ellison, ou rire à demi-voix après avoir dit bonsoir à celle-ci.
Une nuit il s’éveilla: elle paraissait être à sa fenêtre, regardant le jardin des Ursulines au clair de la lune, et fredonnant des lambeaux de romance.