Elle passa la nuit sans dormir, toute à ses bonnes résolutions et à ses projets d’expiation.

Mais, heureusement pour elle, les faiblesses et les préjugés d’Arbuton s’étaient étrangement modifiés.

Le changement qui s’était opéré chez lui, ce jour-là, persista.

C’était toujours Arbuton, mais avec une différence.

Il ne pouvait pas refaire entièrement un caractère qu’il devait à la nature et à son éducation; et peut-être d’ailleurs eût-il été impossible de l’entamer sérieusement sans détruire l’individu lui-même.

Il resta désespérément supérieur au colonel et à Mme Ellison; mais il est difficile d’aimer une femme sans tâcher—au moins avant le mariage—de plaire à ceux qui lui sont chers.

Arbuton avait disputé pas à pas le terrain à sa passion; il avait fait face avec fermeté à cette magie qui, dans les commencements, le charmait chez Kitty.

Plus tard il n’avait rien fait de plus que de se conformer aux exigences de la plus stricte politesse.

Il avait été excessivement tourmenté de savoir si elle pourrait lui convenir, à lui et à son rang dans la société.

Il n’était pas encore sûr que les parents de la jeune fille, inconnus pour lui, ne fussent des gens horriblement vulgaires.