—Il en conclura que vous étiez nerveuse, je suppose.

—Vraiment? vous pensez, Fanny? Oh! je voudrais le croire! Je suis si horriblement mécontente de moi. Hier, à cette même place, je l’accusais de manquer de sensibilité, et dire que j’ai été mille fois pire qu’il n’a jamais été et ne pourrait jamais être! Oh! ma chère, ma chère!

—Kitty, assez! interrompit Mme Ellison; vous me chargez à fonds de train, et me voilà toute confuse de n’être pas plus émue.

—Oh! c’est facile pour vous d’être calme, mais vous ne le seriez pas tant, si vous ne saviez que faire.

—Oui, je le serais, puisque je ne sais que faire, et que je suis calme.

—Mais enfin, comment sortir de là?

Et Kitty retira ses mains de celles de Fanny, et se mit à se les tordre convulsivement.

—Je vais vous dire, ajouta-t-elle tout à coup, en même temps qu’une expression de soulagement s’épanouissait sur sa physionomie; durant tout le temps qu’il demeurera ici, je supporterai tout ce qu’il pourra faire ou dire de désagréable, sans jamais le lui rendre. J’endurerai tout. Je serai si douce! Il pourra me regarder du haut de sa grandeur, me brusquer, me mettre dans le tort tant qu’il voudra. Je ferai si bien qu’il ne pourra point me reprocher ma conduite. O Fanny!

Là-dessus, Mme Ellison promit de la gronder fort pour ces absurdités, l’attira à elle pour l’embrasser, lui assura qu’elle n’avait encouru aucun blâme, mais que, néanmoins, elle approuvait cette détermination de respecter à l’avenir les faiblesses et les préjugés d’Arbuton.

Nous ne savons jusqu’à quel point Kitty aurait mis ses héroïques dispositions en pratique; les déterminations si facilement prises ne sont pas toujours aussi facilement exécutées.