—Nous avons été obligés de démolir le vieil escalier, continua la jeune femme, pour introduire notre bois de lit.

Ce dernier article était une magnifique pièce d’ébénisterie qui, suivant la propriétaire, méritait bien qu’on lui fit ce sacrifice.

Puis celle-ci indiqua plusieurs restes de la vieille bâtisse.

—C’est un curieux endroit de résidence; mais nous sommes ici pour l’été seulement.

Et elle se prit à expliquer tout naïvement comment les affaires de son mari les avaient forcés de quitter Québec et de s’établir à Sillery pour la saison.

Elle descendait l’escalier à la suite de Kitty, lorsqu’elle ajouta:

—C’est la première fois que je suis dans mes meubles, vous savez, et tout naturellement cela me paraîtrait étrange même ailleurs; mais vous ne pouvez pas vous faire une idée comme c’est curieux ici. Je suppose, fit-elle avec un léger embarras—mais comme si sa confidence méritait quelque retour, au moment où Kitty rendue au bas de l’escalier se retrouvait face à face avec Arbuton, qui s’apprêtait à monter à son tour avec le mari de la jeune femme—je suppose que ceci est votre voyage de noces.

Une angoisse subite saisit la jeune fille et lui fit monter le feu au visage.

Ainsi ce qui n’était pour elle qu’une agréable aventure paraissait aux autres comme la plus sérieuse preuve d’amour qui pût exister entre Arbuton et elle. Il n’y avait là pour les étrangers ni rêve, ni rôle dramatique, ni personnages de roman.

Bien plus, pour quelqu’un au moins, cela s’illuminait même des doux rayons de la lune de miel!