—Je ne sais si cela peut s’appeler ainsi, mais je suppose que vous serez satisfaite maintenant, Fanny. Il m’a demandée en mariage.
Kitty prononça ces derniers mots avec une certaine violence, comme si, puisque la chose devait se dire, elle eût désiré s’en débarrasser au plus vite.
—Oh! ma chère! s’écria Mme Ellison, sans y mettre rien de ce sentiment de satisfaction qu’on devait attendre chez une entremetteuse de mariages qui voit ses plans réussir.
Tant qu’il s’était agi d’un mariage dans la portée abstraite du mot, elle n’avait pas cessé d’y travailler.
Mais, du moment qu’il s’agissait particulièrement de l’union de Kitty avec ce M. Arbuton qui, en réalité, leur était presque inconnu, et pour qui, au fond de son cœur, sa sympathie ne dépassait pas ce qu’elle savait de lui, c’était une autre affaire.
Mme Ellison était effrayée de son triomphe, et elle se prit à songer qu’un échec aurait été plus facile à subir.
Est-ce que les deux jeunes gens se convenaient aucunement?
Aurait-elle consenti à voir sa pauvre Kitty enchaînée pour la vie à cet égoïste impassible, dont le mérite même inspirait de l’éloignement, dont la modestie même semblait vous rabaisser et vous humilier?
Mme Ellison ne pouvait se poser la question avec modération ni dans un sens ni dans l’autre; elle était maintenant injuste envers Arbuton sans aucun doute.
—Avez-vous accepté? murmura-t-elle tout doucement.