—Je ne pense pas que M. Arbuton soit si timide. Il paraissait croire qu’il n’avait qu’à demander pour la forme, et que de mon côté je n’avais rien à objecter. Qu’a-t-il jamais fait pour moi? Ne m’a-t-il pas, au contraire, été souvent fort désagréable? Il n’aurait pas dû parler immédiatement après ce qu’il venait d’entendre. C’était si mal à lui. Et puis, comment peut-il ignorer que les jeunes filles ne peuvent pas être là-dessus aussi certaines d’elles-mêmes que les hommes, ou, si elles le sont, ne peuvent pas le savoir juste au moment où on le leur demande.

—En effet, interrompit Mme Ellison, les jeunes filles sont comme cela. Je pense sincèrement que la plupart d’entre elles—quand elles sont jeunes comme vous, Kitty—ne pensent jamais au mariage comme la conséquence finale de leurs petites trames amoureuses. Tout ce qu’elles ambitionnent, c’est que les attentions galantes et le roman se continuent indéfiniment, et n’amènent rien de plus sérieux. Et l’on ne devrait pas les en blâmer, quoiqu’on le fasse souvent.

—Certainement, dit vivement Kitty, c’est cela; c’est ce que j’étais à me dire. Voilà la raison pour laquelle une jeune fille doit avoir du temps pour se décider. Je suppose qu’on vous en a donné, à vous.

—Oui, deux minutes. Le pauvre Dick retournait à son régiment, et se tenait là, debout, sa montre à la main. Je dis non d’abord, et puis je le rappelai, pour me reprendre. Mais, Kitty, si le roman s’était terminé sans qu’il vous eût rien déclaré, vous n’auriez pas aimé cela non plus, dites.

—Non, avoua Kitty en tremblant; je crois que non.

—Eh bien, alors, voyez-vous, c’est un grand point en sa faveur. Quel délai avez-vous demandé, ou vous a-t-il accordé?

—J’ai promis de lui donner une réponse avant notre départ de Québec, répondit Kitty avec un profond soupir.

—Est-ce que vous n’êtes pas déjà décidée?

—Je ne sais. Voilà ce que vous devez m’aider à trouver.

Mme Ellison fut quelque temps sans parler.