—Il est vrai, remarqua le colonel, que j’ai eu une ombre de soupçon, le jour de cette affaire de Montgomery. Ils paraissaient confus tous les deux, lorsque je les rencontrai au bout de la rue, et ni l’un ni l’autre ne savaient que dire. Cependant, plus tard, cela m’avait semblé suffisamment expliqué par cette aventure que vous m’avez racontée. Dans le temps, je n’ai pas fait grande attention à la chose. L’idée qu’il fût amoureux me paraissait trop ridicule.
—Etait-ce si ridicule lorsque vous étiez amoureux de moi?
—Non; et cependant ma présente condition n’est pas une preuve que c’était fort sage, Fanny.
—Oui, voilà bien les hommes! Aussitôt que l’un d’eux est heureusement marié, il s’imagine qu’il ne doit plus y avoir d’amour en ce bas monde, et il ne peut concevoir que deux jeunes gens puissent s’éprendre l’un de l’autre.
—C’est à peu près cela, Fanny. Mais admettant, simplement pour les besoins de la discussion, que maître Boston ait demandé Kitty en mariage, et qu’elle ne sache pas si elle doit l’accepter ou non, qu’avons-nous à voir là-dedans? Je ne l’aime pas assez pour plaider sa cause; et vous? Quand Kitty sera-t-elle prête à répondre?
—Elle doit répondre avant notre départ d’ici.
—De sorte qu’il est condamné à rester ici dans l’incertitude durant deux jours! C’est un peu dur, cela, Fanny; qu’est-ce qui vous a engagée à vous mêler si activement de cette affaire?
—Activement? je ne m’en suis pas mêlée activement.
—Disons que vous y avez acquiescé avec répugnance; mais pourquoi cela?