—Ma foi, elle a des goûts littéraires si prononcés, et puis elle est...

—Et puis elle est... quoi?

—Vous êtes insultant!—Et puis elle est si intelligente... et le reste. Je croyais qu’elle était destinée à vivre dans un endroit où tout le monde est instruit et porté vers les choses intellectuelles. C’est-à-dire que je m’imaginais cela, si toutefois je m’imaginais quelque chose.

—En somme, dit le colonel, vous pouvez avoir été dans le vrai, mais je ne pense pas que Kitty montre en ce moment une force d’esprit qui la rende particulièrement propre à la vie de Boston. Je suis d’avis qu’il est ridicule de laisser ainsi ce jeune homme en suspens. Elle pourrait tout aussi bien répondre maintenant que plus tard. Ce délai lui impose comme une espèce d’obligation envers lui. Je vais lui parler.

—Vous allez la tuer, si vous lui parlez. Vous ne savez pas jusqu’à quel point cela l’affecte.

—Ne craignez rien, je ménagerai sa sensibilité. C’est mon devoir de lui parler. Et puis, est-ce que je ne connais pas Kitty? Je l’ai presque élevée.

—Vous avez peut-être raison. Vous êtes tous si étranges dans cette famille, que vous pourriez avoir raison. Seulement, soyez prudent, Richard. Vous devrez aborder le sujet avec délicatesse... indirectement, vous savez. Les jeunes filles sont bien différentes des jeunes gens; n’y allez pas brusquement. Sachez manœuvrer au moins une fois dans votre vie.

—Très-bien, Fanny; soyez tranquille, je ne serai ni maladroit, ni brusque. J’irai à sa chambre dans quelques instants, lorsqu’elle sera plus tranquille, et j’aurai avec elle une bonne conversation calme et paternelle.

Le colonel n’eut pas la peine de se déranger, car Kitty avait laissé quelque chose sur la table de Fanny, et elle revint avec une lampe à la main.

Sur sa figure, qu’elle tenait détournée, on pouvait découvrir des traces de pleurs.