Elle l’écouta descendre l’escalier, tirer le verrou de la porte extérieure et la fermer derrière lui.
Puis elle quitta l’espace éclairé par la lune et rentra dans sa chambre, que la lumière de la lampe protégée par d’épais rideaux emplissait tout entière de sa lueur vermeille, laissant voir la jeune fille non plus comme un esprit malicieux, mais comme une pauvre petite bien indécise, bien perplexe et bien anxieuse.
Sur un point au moins, elle était fixée.
Tout cela était l’effet d’un malentendu; il l’avait prise pour ce qu’elle n’était pas; car Arbuton était certainement d’un caractère trop mondain pour choisir comme femme—s’il l’eût connue—une jeune fille de l’origine et dans les conditions de Kitty, bien qu’elle-même en fût fière.
Il avait dû être trompé tout d’abord par les toilettes; et elle décida que son premier pas vers la vérité et la sincérité serait de remettre généreusement tout ce qui appartenait à Fanny, et de s’en tenir strictement à sa propre garde-robe.
—Et puis—ne put-elle s’empêcher de se dire—ma robe de voyage est justement ce qu’il faut pour un pique-nique.
Maintenant, si le sceptique lecteur d’un autre sexe était porté à railler cette méthode de se sacrifier, nul doute que les femmes, au moins, admettront qu’il était très naturel et éminemment convenable que, dans cette circonstance solennelle, elle pensât d’abord à la question de toilette, laquelle a toujours eu une si grande influence sur les affaires du cœur.
Qui peut prétendre,—soyez honnêtes pour une fois, ô hommes vains et remplis de vous-mêmes,—que la coupe, la couleur, l’ensemble élégant de la parure, n’ont pas joué le rôle le plus important dans son premier rêve d’amour?
Est-ce que certains petits bouts de dentelle, certains nœuds de ruban, n’y ont pas pris autant de part que n’importe quel sourire ou quel regard tendre?
Est-ce que la longue expérience des femmes ne leur a pas enseigné qu’une jolie toilette constitue la moitié de leur art de plaire?