Elles le savent évidemment; et quand Kitty prit le parti de renoncer aux avantages qu’elle tirait des robes de Fanny, elle gagnait la plus rude bataille qu’elle eût à livrer pour être franche envers Arbuton.
Elle ne s’arrêta pas là, sans doute.
Elle ne dormit pas, méditant les moyens de le désabuser entièrement, en le persuadant qu’elle n’était pas la femme qui pût lui convenir.
XII
PIQUE-NIQUE AU CHÂTEAU-BIGOT
—Eh bien, dit Mme Ellison—qui s’était glissée dans la chambre de Kitty, le lendemain matin, afin d’avoir une meilleure lumière pour disposer les boucles de son chignon—ce ne sera pas plus insensé que le reste. Si vous pouvez vous y soumettre, nous n’y trouverons pas à redire, quant à nous.
—Je ne vois pas comment nous pourrions éviter cela, Fanny. Il l’a demandé; et à dire le vrai, je n’en suis pas fâchée, car je n’aimerais pas à avoir la migraine de convention qu’ont toutes les jeunes filles qui ne veulent pas se montrer. Au surplus je ne vois pas comment nous pourrions passer la journée d’une façon plus rationnelle qu’en ne dérangeant rien au programme. Mais au fond, peut-il y avoir une situation plus risible? Maintenant que le côté mélodramatique de l’affaire s’efface, et que celle-ci prend une couleur plus sérieuse, cela me fait rire. Ce pauvre M. Arbuton va s’imaginer toute la journée que je l’examinai d’un œil sans pitié, qu’il ne doit pas faire ceci, qu’il ne doit pas dire cela, de peur de me déplaire. Il ne saurait s’échapper, car il a promis d’attendre ma décision. C’est une position absurde pour lui, mais ce n’est pas ma faute. Je pourrais bien lui dire non tout de suite, mais je préfère attendre.
—Pourquoi donc avez-vous mis cette robe? interrompit soudainement Mme Ellison.
—Parce que je ne veux plus porter vos toilettes, Fanny. C’est un cas de conscience. Je me sens coupable d’inspirer de l’amour sous une parure qui ne m’appartient pas. Et c’est peut-être en punition de ma duplicité, que je me trouve si embarrassée de toute cette affaire et du rôle que j’y joue. Il me semble toujours qu’il s’agit d’une autre; et, si absurde que cela soit, je crois parfois m’intéresser à une tierce personne.
Mme Ellison essaya de répondre, mais elle rencontra la résolution inébranlable de Kitty; elle ne put réussir à lui faire ajouter même un bout de ruban à ses cheveux.
Ce ne fut que plus tard dans l’avant-midi que les préparatifs du pique-nique furent terminés. Nos amis montèrent tous quatre dans la même voiture, et l’on se mit en route.